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Les Anonymes, histoire d’une sèrie


Le travail sous forme de séries est un format très répandu chez les photographes et j’apprécie moi aussi l’exercice.

C’est d’ailleurs d’une de mes séries dont j’ai décidé de vous parler dans cet article. Elle s’appelle « Les Anonymes » et se construit autour de portraits de populations asiatiques dont le sujet des photos est à chaque fois non identifiable, anonyme du coup.

Pourquoi ? Comment ? Je vais tout vous dire sur cette série en vous dévoilant même les anecdotes liées à certaines images ainsi qu’en partageant des conseils pour photographier des personnes en voyages.


QU’EST-CE QU’UNE SÉRIE PHOTO ?

Avant de rentrer dans le vif du sujet et d’évoquer ma série en elle-même intéressons nous un instant à ce qu’est une série photo.  

Sur le fond, elle s’organise autour d’un thème général commun à l’ensemble des clichés qui la compose. Il peut être plus ou moins large en fonction du choix du photographe mais aussi du nombre d’images. La série photo a également pour but de véhiculer un message et c’est ce qui la différencie d’une « simple » galerie dont l’unique objectif est d’exposer des images sans qu’il y ait réellement un propos. Le maître-mot dans une série est la cohérence.

La forme peut être diverse en fonction de la quantité d’images de la série, du choix du matériel, du style, de la colorimétrie, du cadrage, du post-traitement, etc ... Elle doit retranscrire la thématique choisie et il faut veiller à ce que les images disposent de codes communs. L’unité visuelle est essentielle à l’efficacité d’une série.

Enfin, l’attrait principal d’une série photo est d’ajouter une dimension « d’auteur » au travail du photographe (toute proportion gardée bien sûr) en lui offrant la possibilité de travailler sur le long terme. C’est le cas de ma série « Les Anonymes » qui est en cours depuis plusieurs années maintenant. 


LES ANONYMES, HISTOIRE D’UNE SÉRIE

LA GENÈSE DE LA SÉRIE

L’Histoire est remplie d’anecdotes de « réussites absolues » issues à l’origine d’échecs tout aussi absolus. N’oublions pas que la tarte tatin est avant tout une tarte aux pommes renversée par terre ! Et bien l’origine de « Les Anonymes » est une sorte de tarte tatin. La recette a commencé en 2013 au Laos en voulant photographier une femme sur un marché. J’étais attiré par ses traits de visage, sa coiffe et son regard dans le vide et tout me semblait réuni pour réaliser un joli portrait sur le vif. Sauf que ça n’a pas fonctionné … Je ne sais pas si elle m’a vu ou si elle a tout simplement décidé de changer de position mais, au moment où j’ai déclenché, elle a tourné la tête et je n’ai pu capturer son visage que de profil.

J’avais donc une photo qui ne respectait aucun code d’un portrait traditionnel, notamment à cause de l’absence de regard, mais pourtant j’ai adoré cette image. Alors qu’on cherche habituellement à photographier les gens pour les « représenter » dans leurs origines, leurs professions, leurs actions, leurs classes sociales, cette photo était tout l’inverse. Cette femme était anonyme, une femme sur un marché laotien parmi tant d’autres.

Ce qui m’avait également marqué c’était le paradoxe du cliché entre, d’un côté la proximité avec cette personne photographiée dans l’intimité de sa vie quotidienne, mais également la distance créé par ce visage détourné. « Les Anonymes » étaient nés !

La photo à l’origine de ma série « Les Anonymes »

Ce séjour au Laos n’étant qu’une étape d’un voyage plus important de six mois en Asie j’ai continué de photographier les gens des pays que je traversais dans leur quotidien tout en recherchant ce caractère anonyme. C’est pourquoi cette série ne se compose que de photos de populations asiatiques, du Laos au Sri Lanka, en passant par Bali, la Thaïlande ou encore Oman. Des portraits éparpillés aux quatre coins de l’Asie dont certains ont fait partie de mon exposition « Visions d’Asie(s) » présentée en 2016 et dont le but était de montrer la pluralité de ce continent.

LES CARACTÉRISTIQUES DE LA SÉRIE

Le thème de la série étant assez restreint j’ai voulu que la forme soit quant à elle assez libre avec une seule véritable contrainte : que le sujet soit le plus anonyme possible. Et pour cela j’ai choisi d’utiliser plusieurs méthodes :

Le contre-jour

Cette technique consiste à photographier face au soleil afin de jouer sur la silhouette du sujet éclairé dans son dos. En plus de produire des images esthétiques et graphiques cela offre l’anonymat total recherché.

Photo d’un pêcheur sur échasses au Sri Lanka pris en contre-jour. Anonymat total !

Le cadrage de dos

En général photographier un sujet de dos fait partie des règles à éviter mais cela permet aussi de répondre très efficacement à l’objectif de ma série. Et puis les règles sont faites pour être transgressées ! D’autant que des cadrages de dos peuvent amener à des compositions tout aussi intéressantes que de face.

Un cadrage de dos peut offrir des compositions intéressantes tout en permettant l’anonymat du sujet

Le masquage du visage

Je ne m’interdis pas de photographier les sujets de face ou de profil dans cette série (bien au contraire, tout le challenge est là !) mais j’essaye de faire en sorte qu’un élément vienne masquer tout ou partie du visage. Cela peut être un bras, un chapeau, une main, tant que l’anonymat est conservé et que la composition est esthétique.

Un chapeau est un excellent moyen pour camoufler le visage d’une personne et la rendre anonyme

    La série est composée de photos en couleur et en noir et blanc prises uniquement en lumière naturelle. Ici ni flash, ni réflecteur ni aucune autre source de lumière artificielle. Il s’agit de mon approche pour la plupart des portraits que je fais en voyage, y compris pour ma série Portraits d’Asie(s), car ma volonté est d’être le moins intrusif possible et surtout de conserver un maximum d’authenticité. Je ne demande jamais à mes sujets de se mettre en scène car le but de la série est au contraire des les montrer dans leur quotidien et au naturel. Je privilégie ici l’authentique à l’esthétique.

    Cela ne veut pas dire que je délaisse totalement cette dernière, bien au contraire. Les images de la série se veulent graphiques et assez minimalistes en jouant sur la symétrie, la répétition des éléments ou les contrastes. Le sujet peut être une personne seule ou un petit groupe afin de conserver une composition épurée mais aussi parce que l’anonymat de tout un groupe est plus complexe à obtenir que pour une personne seule (d’autant plus sans mise en scène).

    Ici l’anonymat du moine de gauche n’est pas totale mais elle demeure acceptable à mes yeux pour que le cliché fasse partie de la série. Surtout que tous les autres personnages ont le visage caché.

    L’AVENIR DE LA SÉRIE

    Bien que je travaille sur cette série depuis plusieurs années elle est encore loin d’être achevée et peut être qu’elle sera amenée à évoluer. Aujourd’hui seules les populations asiatiques sont représentées car il s’agit du continent vers lequel je voyage le plus souvent et dans lequel ma créativité pour cette série s’exprime le mieux. Mais il est tout a fait imaginable que des « Anonymes » d’autres régions du monde s’invitent à la fête dans le futur. Une série photo évolue avec le photographe.


    HISTOIRE D’UNE RENCONTRE AVEC UN « ANONYME »

    Une des photos les plus abouties de cette série (à mes yeux) est celle ci-dessous et voici son « Histoire de photo« , une rubrique qui reviendra régulièrement sur le blog :

    La photo la plus forte de la série ?

    Il s’agit d’un cliché d’un jeune garçon jouant au cerf-volant dans les rizières du centre de Bali. Il avait coincé son jouet dans un arbre et je l’avais aidé à le récupérer avant qu’il ne « m’offre » en retour une superbe séance de shooting en traversant les rizières dans tous les sens. J’aime beaucoup cette photo car, derrière le résultat qui me satisfait, il y a également le souvenir d’une belle surprise. En effet, au moment où j’ai croisé ce jeune balinais je revenais d’une journée de prises de vues de cascades dans une jungle et je ne m’attendais absolument pas à une telle opportunité. Voilà aussi pourquoi je préfère les images prises sur le vif à celles mises en scènes : pour la joie et la satisfaction que procure un événement imprévu. J’ai réalisé plusieurs images ce jour-là et celle-ci cumulait tous les critères pour intégrer la série : le visage de l’enfant caché par le bras, la composition simple et épurée et le sujet dans son environnement, sans mise en scène.

    La photo ci-dessous, prise au même moment, fait également partie de la série :

    Le contre-jour a été utilisé ici aussi pour cette photo prise peu de temps avant le coucher du soleil


    CONSEILS POUR PHOTOGRAPHIER DES PERSONNES EN VOYAGE

    Je terminerai cet article en essayant de répondre à l’une des questions les plus récurrentes lorsque j’anime un cours de street photography pour mon partenaire Graine de Photographe : comment photographier les gens en voyage ?

    Derrière cette interrogation à l’apparence « simpliste » se cache en fait tout un tas de questionnements liés aussi bien à la réalisation technique de l’image qu’à son approche ou même au cadre juridique d’une telle pratique.

    L’APPROCHE

    C’est souvent ce qui apparaît comme le plus complexe. Faut il demander l’autorisation à la personne ? Que faire si elle n’est pas d’accord ? Vaut-il mieux rester éloigné du sujet ?

    Toutes ces questions sont légitimes mais je ne crois pas qu’il existe de réponse miracle. Tout simplement car chaque individu est différent. Je ne peux donc vous donner que mon approche personnelle, ma façon de procéder issue de mon expérience, sans qu’elle ne puisse être considérée comme un guide absolu !

    Personnellement je ne demande que très rarement l’autorisation en amont pour faire une photo de quelqu’un. Comme je le précisais plus haut j’aime les photos sur le vif, celles qui vont immortaliser un instant authentique. Or, dès que vous demandez l’autorisation, l’insouciance et le naturel s’évaporent. Il est évidemment possible de faire de belles photos en demandant l’autorisation avant mais je trouve qu’elles manqueront toujours d’un petit quelque chose.

    Quand je parle d’autorisation je parle d’autorisation formelle, celle qui consiste à verbaliser sa demande. Car dans les faits il y a bien d’autres façons d’obtenir un accord. Je ne me cache pas pour prendre une photo, je suis souvent assez proche du sujet et il y a donc en général des échanges de regards, des sourires, des hochements de tête, autant de petits signaux corporels qui permettent de comprendre le sentiment de la personne. Au fond, ne pas verbaliser oblige à porter une attention plus importante encore à ce que désire réellement le sujet. Car dans beaucoup de pays, en Asie par exemple, il est impoli de dire « non » donc si vous posez la question on vous répondra parfois par un « oui » qui voudra en réalité dire « non ». Sans compter que la personne ne parle pas toujours la même langue que vous …

    Une autre approche que j’utilise régulièrement est d’engager le contact avec la personne dans un premier temps, discuter avec elle ou même carrément l’aider dans ce qu’elle est en train de faire. C’est une façon de créer un lien et de rendre l’approche moins brutale et intrusive que de déclencher directement. Je me suis ainsi déjà vu ramasser du riz, embarquer à bord d’un bateau de pêcheurs ou encore prier avec un moine avant de sortir l’appareil du sac. Au delà de mettre en confiance votre sujet cela vous permettra aussi de vivre une expérience et de mieux comprendre la personne, ce qui se ressentira forcément dans vos images. Néanmoins, comme expliqué plus haut, je ne profite pas de ce moment de complicité pour demander à mon sujet de poser, je le laisse reprendre son activité pour prendre une photo au naturel.

    Une photo d’un moine prise lors d’une retraite dans un temple bouddhiste en Thaïlande. J’ai attendu quelques jours que mon intégration soit totale avant de commencer à shooter.

    Pour résumer, les ingrédients pour réussir vos photos de personnes en voyage sont (à mon avis) : être naturel, ne pas se mettre des barrières tout seul (erreur très commune !), sourire (ça c’est un véritable laisser-passer) et surtout respecter ! Par respecter j’entends respecter la personne dans sa décision, son intimité et son intégrité. Personnellement je m’interdis de :

    ◾️  photographier une personne qui m’aurait fait comprendre qu’elle ne le souhaite pas

    ◾️  prendre un cliché dégradant d’une personne

    ◾️  payer pour obtenir une image

    Au Sri Lanka de faux pêcheurs font payer les touristes qui souhaitent les photographier. Vous aurez compris que ce n’est pas mon approche …

    DES CONSEILS TECHNIQUES

    Il est évident que photographier des personnes, d’autant plus si on fait le choix de ne faire que des compositions naturelles et sans mise en scène, requiert une bonne maîtrise de son appareil. Les instants sont souvent fugaces et les opportunités ne se représentent pas toujours donc il faut les saisir. C’est pourquoi, contrairement aux paysages, je ne choisis pas le mode manuel lorsque je photographie des personnes ou des scènes de vie. Je privilégie les modes semi automatiques « Priorité vitesse » ou « Priorité ouverture » en fonction de ce que je souhaite faire comme image. Parfois, si je veux maîtriser ces deux paramètres je bascule en mode manuel avec les ISO sur automatique pour conserver de la réactivité.

    Niveau matériel toutes les options sont possibles notamment concernant le choix des focales. Un zoom offre plus de flexibilité alors qu’une focale fixe produit des images de meilleure qualité et offre aussi plus de discrétion. Vous pouvez (re)lire l’article que j’ai écrit sur le choix entre focale fixe et zoom en voyage ici.

    UN FOCUS SUR LE DROIT

    Je vous ai donné quelques conseils sur la façon de réaliser vos photos de personnes en voyage mais a-t-on vraiment le droit de le faire ? J’ai parlé plus haut de ce que la moral et l’éthique nous « autorisent » à faire mais qu’en est il du droit « juridique » ?

    Il s’agit d’une question assez complexe car un droit ne fixe un cadre qu’à l’endroit où il est applicable. Je veux dire que ce qui est légal en France ne l’est pas forcément à Bali, à Madagascar ou au Paraguay. Mais de manière générale, lorsque le sujet d’une photographie est une personne, deux libertés fondamentales sont concernées : la liberté d’expression et le droit à l’image.

    En droit français c’est bien la liberté d’expression, dont la liberté d’expression artistique fait partie, qui prédomine sur le droit à l’image. Ceci à la condition que la photo prise ne soit pas contraire à la dignité humaine et qu’elle n’impose pas des « conséquences graves » à la personne représentée. La démonstration de ce dernier point est à la charge de la personne photographiée et la jurisprudence donne très régulièrement raison à la liberté d’expression au profit du droit à l’image. Cette hiérarchie des libertés est le cas en France mais également au niveau international où le droit à l’image est une notion inexistante dans beaucoup de pays du monde. En revanche, dans le cadre d’une utilisation commerciale d’une photo où apparaît une personne, une autorisation peut être nécessaire selon s’il existe un droit à l’image dans le pays concerné, ce qui est au final rarement le cas.

    Pour résumer vous avez le droit de photographier une personne en voyage, même si elle s’y oppose, lorsqu’il s’agit d’une démarche artistique ou informationnelle. Néanmoins, on peut se demander si dans ce cas de figure le droit moral ne devrait pas prévaloir sur le droit juridique ? Chacun agira selon ce qui lui semble être « juste ».

    Cet aparté juridique est un condensé de mes recherches mais, n’étant pas juriste, je vous conseille de regarder cette interview de Joëlle Verbrugge, avocate et photographe, qui parle du sujet.


    CONCLUSION

    Voilà, j’espère que cet article vous aura permis de découvrir davantage le format des séries photo et peut être même que cela vous donnera envie de développer les votre. Si c’est le cas n’hésitez pas à me les partager !

    Vous pouvez retrouver toutes les photos de ma série « Les Anonymes » en cliquant sur le bouton ci-dessous :

    Accédez à ma série Les Anonymes

    Focale Fixe ou zoom en voyage ?


    Les questions liées au choix du matériel sont des casse-têtes courants pour la plupart des photographes. Plutôt reflex ou argentique ? Trépied léger ou robuste ? Filtres circulaires ou porte filtres ? En photographie, et notamment concernant le matériel, il est toujours compliqué de donner une réponse arrêtée tant cela dépend de la pratique de chaque photographe.

    Mais s’il y a bien une question qui revient régulièrement et divise la communauté des photographes c’est bien celle sur l’arbitrage entre focale fixe et zoom. Car oui il y a bien match entre les deux !

    Il existe déjà beaucoup de littératures sur le sujet mais je vais essayer d’exposer modestement mon point de vue en focalisant mon propos sur une utilisation en voyage. Alors focale fixe ou zoom en voyage ? Réponse maintenant !


    DIFFÉRENCE ENTRE FOCALE FIXE ET ZOOM

    Il convient d’abord de rappeler la différence entre les focales fixes et les zooms, ou en des termes plus précis les objectifs à focales variables. L’idée n’est pas de vous perdre dans des explications techniques trop poussées mais bien de recadrer quelque peu le sujet pour le rendre compréhensible de tous.

    Pour donner une définition de la focale (ou plus précisément de la distance focale) il s’agit de la distance (exprimée en millimètre) qui sépare le foyer (c’est à dire le capteur de votre appareil) du centre optique de l’objectif. Attendez ne fermez pas tout de suite la page ! Voilà un schéma pour simplifier tout ça.

    Schéma de la distance focale.

    En fonction de la (longueur) focale vous obtenez donc un angle de prise de vues différent. Plus vous avez une focale longue, plus l’angle sera restreint et plus vous avez un effet « grossissant » sur votre sujet. Pour résumer il existe 3 grandes catégories de focales dont les applications diffèrent :

    ◾️  8 à 35mm = focale « grand angle » (paysage, architecture)

    ◾️  40 à 70mm = focale « transtandard » (reportage, street photography)

    ◾️  80 à 1200mm = téléobjectif (sportif, animalier, portrait)

    Mais revenons à notre mouton ! Comme son nom l’indique, une focale fixe est un objectif dont la longueur focale est fixe (ex : objectif 50mm). Cela signifie que vous ne disposez que d’un seul angle de prise de vues que vous ne pouvez pas faire varier. En revanche, avec un objectif à focales variables vous pouvez changer la distance focale pour choisir l’angle qui vous convient le mieux. C’est ce qu’on appelle un zoom (ex : objectif 24-105mm).


    QUELS AVANTAGES POUR CHAQUE TYPE D’OBJECTIF ?

    Ok c’est super vous savez maintenant la différence entre les deux mais qu’est ce que ça change concrètement lorsqu’on part en voyage et qu’on veut prendre des photos ? Voilà les avantages de chaque type d’objectifs :

    AVANTAGES DE LA FOCALE FIXE

    Une meilleure qualité

    Voilà un point qui fait généralement consensus auprès des photographes : une focale fixe est de meilleure qualité qu’un zoom.

    Au niveau de sa conception la focale fixe est beaucoup plus simple avec notamment moins de couches de verre ou d’autres matériaux qui sont autant d’obstacles en moins pour le trajet de la lumière à travers l’objectif et donc moins de sources d’altérations de l’image. Celle-ci affiche alors une netteté plus importante (on parle aussi de piqué).

    Les matériaux utilisés (verre, plastique, métal, etc …) pour la construction des focales fixes sont souvent de meilleure qualité et offrent une conception générale plus robuste, ce qui est un avantage non négligeable en voyage où le matériel subit plus d’épreuves qu’en studio par exemple.

    Néanmoins, ce constat sur la différence de qualité demeure relatif car il est évident qu’une focale fixe d’entrée gamme sera de qualité inférieure à un zoom haut de gamme. De plus, sur du très haut de gamme, les zooms produisent des images presque aussi bonnes que les focales fixes.

    Un encombrement et un poids limité

    De par sa conception la focale fixe est aussi plus compacte et plus légère, un élément très important à prendre en considération lorsque vous voyagez. Car, que vous soyez en randonnée dans l’Himalaya, en train de déambuler dans les rues de Rio lors du carnaval ou alors entassés dans un temple bondé de Bali, l’encombrement et le poids réduit de votre focale fixe deviendront de véritables atouts. À titre d’exemple, la focale fixe Canon EF 40mm f2.8 ne pèse que 130g pour une profondeur de seulement 2,2 cm !

    L’objectif Canon EF 40mm f2.8 est très compact.

    Mais au delà du confort cela vous permettra aussi de remplir les conditions imposées par les compagnies aériennes pour pouvoir transporter votre matériel en cabine. Lorsqu’on a plusieurs objectifs, voire plusieurs boîtiers, auxquels s’ajoutent tous les accessoires, le poids du matériel photo peut vite devenir conséquent (pour info, le poids moyen de mon sac photo en voyage est de 11 kg).

    Toutefois, pour rendre l’analyse parfaitement juste on pourrait considérer que pour couvrir, par exemple, l’utilisation d’un zoom 24-105mm il faudrait donc posséder les focales fixes 24mm, 35mm, 40mm, 50mm, 85mm et 100mm soit 6 objectifs au total. Cela remettrait sérieusement en question l’argument poids / encombrement en faveur de la focale fixe …

    Une plus grande ouverture de diaphragme

    L’autre avantage majeur des focales fixes est leur grande ouverture de diaphragme. Alors que les zooms sont généralement limités à une ouverture de f2.8 ou f4 il est très courant de rencontrer des focales fixes avec une ouverture inférieure à f2. L’avantage est alors double :

    Cela offre tout d’abord une profondeur de champs plus réduite et donc des flous d’arrière plan (ou bokeh) plus esthétiques. Mais cela permet d’apporter aussi plus de lumière à l’appareil et donc de photographier dans des conditions de faible luminosité, ce qui est essentiel en voyage. En effet nous ne maîtrisons pas toujours le moment où quelque chose d’intéressant se présente à nous en voyage. Cela peut arriver à la tombée de la nuit, dans un temple mal éclairé ou dans une forêt épaisse et sombre. Bref, posséder un objectif lumineux en voyage est toujours un atout !

    L’utilisation d’un 50mm et sa grande ouverture m’a permis de produire un flou d’arrière plan et de shooter en faible luminosité dans un atelier d’Ikat à Bali.

    Un développement de la créativité

    Les focales fixes ont un autre avantage, non pas technique mais artistique puisque son utilisation va booster votre créativité. Rien que ça !

    Comme l’angle de prise de vues est unique il faut se déplacer pour obtenir le cadrage souhaité. Impossible de zoomer ! Cela force donc le photographe à chercher de nouveaux points de vues et à appréhender son sujet sous tous ces aspects.

    En voyage c’est essentiel car, comme les sujets fourmillent, on a parfois tendance à shooter ce que l’on voit depuis l’endroit d’où on le voit sans chercher à vérifier si, derrière l’arbre ou au sommet de la colline, il n’y a pas un sujet plus intéressant ou un point de vue encore meilleur.

    Un excellent rapport qualité prix

    Il est assez difficile de comparer les tarifs des focales fixes par rapport à ceux des zooms pour la simple et bonne raison que ces deux catégories d’objectifs ne remplissent pas la même fonction. Néanmoins, une focale fixe coûte généralement moins cher qu’un zoom et son rapport qualité prix est donc excellent.

    Mais ça ne veut pas dire qu’il n’existe pas de focale fixe chère, bien au contraire. Par exemple, le Canon 1200mm produit à seulement une vingtaine d’exemplaires dans le monde, s’était vendu d’occasion à 180 000 $ il y a quelques années ! Si vous êtes curieux vous pouvez consulter l’article de mon partenaire Graine de Photographe consacré à cette focale de luxe.


    AVANTAGES D’UN ZOOM

    Une plus grande polyvalence

    Comme expliqué plus haut, un zoom permet de regrouper plusieurs focales fixes à l’intérieur d’un seul et même objectif ce qui offre une polyvalence et une souplesse de prise de vues très importantes. Il suffit juste de tourner la bague de zoom pour faire varier le cadrage en un instant.

    Cette réactivité est essentielle en voyage car les sujets sont souvent en mouvement et donc éphémères, notamment lorsqu’on travaille sur l’humain ou sur la faune. Ainsi, pour des photos de voyage type reportage la possibilité de pouvoir ajuster rapidement son cadrage sera un avantage.

    Un risque moins important pour le matériel

    Qui dit focale fixe dit nécessité de changer souvent d’objectifs en fonction de la photo que vous voulez faire et donc de prendre le risque d’endommager votre matériel en multipliant les manipulations. De plus, le changement de lentilles expose le capteur aux éléments extérieurs qui viennent se fixer dessus et créent des taches sur vos images.

    Que ce soit le sable, l’eau, la terre ou la poussière, les risques sont nombreux pour votre matériel. Utiliser un zoom est un excellent moyen de limiter ça.

    Le changement d’objectif expose le capteur qui doit être régulièrement nettoyé.


    QU’Y A-T-IL DANS MON SAC PHOTO DE VOYAGE ?

    Une fois encore je vais vous donner une réponse qui va beaucoup vous aider : ça dépend !

    Lorsque je voyage pour mes vacances je pars systématiquement avec mon matériel photo mais dans une proportion moins importante. J’essaye de limiter au maximum l’encombrement et le poids afin d’être plus libre dans mes déplacements. J’emporte alors uniquement des zooms.

    Adepte de Canon depuis mes débuts, les 3 optiques qui m’accompagnent le plus souvent en voyage sont 3 zooms de sa série L (gamme professionnelle) : le 16-35mm ; le 24-105mm et 70-200mm. Avec ce trio je couvre la majeure partie de mes besoins, du paysage au reportage voire même un peu l’animalier lorsqu’une créature s’aventure devant mon appareil. C’est une configuration que j’apprécie aussi beaucoup lorsque mon voyage m’amène à faire pas mal de randonnées, notamment en autonomie. Dans ce cas précis le poids devient mon critère de décision numéro un.

    Mon trio gagnant pour voyager (relativement) léger.

    En revanche, quand j’encadre un voyage photo ou réalise des prises de vues à l’étranger dans un cadre professionnel, j’ajoute selon le projet plusieurs focales fixes pour compléter mon équipement de base. J’ai presque systématiquement un 50mm car c’est une optique très compacte, à grande ouverture et que j’apprécie pour les portraits sur le vif.

    Exemple d’un portrait réalisé au 50mm.

    L’autre focale fixe qui m’accompagne souvent en voyage est le 24mm f1.4 Art de chez Sigma. Certains puristes trouveront que l’angle du 24mm est trop restreint pour la photographie de paysages mais je trouve au contraire que sa relative étroitesse oblige à penser la composition de l’image avec beaucoup de justesse. Et puis les focales de la série Art de Sigma ont un piqué exceptionnel.

    Le 24mm f1.4 Art de chez Sigma permet de réaliser de belles photos de paysages.

    D’autres focales fixes peuvent m’accompagner occasionnellement comme le Canon EF 100mm f2.8 Macro. Une autre focale fixe à l’intérêt reconnu est le 85mm qui permet de faire à la fois du reportage serré mais aussi de beaux portraits grâce à sa grande ouverture.


    CONCLUSION

    Vous l’aurez compris je ne crois pas qu’il y ait de bonnes ou de mauvaises focales (Edouard Baer sort de ce corps !) …

    Ainsi les photographes en quête de grande qualité d’images s’orienteront davantage vers une focale fixe, d’autant que son prix est souvent accessible et l’encombrement réduit, alors que ceux au besoin de polyvalence seront plus sensibles aux zooms. La combinaison des deux étant aussi une vraie option.

    Comme souvent en photo la vérité est qu’il n’y a pas de vérité. Le mieux étant d’essayer pour vous rendre compte par vous même de ce qui vous convient le mieux.